29 mai 2012

Simon Richir : Retour sur 5 années de collaboration

Simon Richir

L’ENSAM et L’École de design Nantes Atlantique ont signé un partenariat d’enseignement et de recherche. Grégoire Cliquet, enseignant à L’École de design Nantes Atlantique et responsable du READi Design_lab, interroge Simon Richir, responsable de l’équipe Presence & innovation et du Master Ingénierie du Virtuel et de l’Innovation (IVI). Des étudiants de L’École de design Nantes Atlantique, ayant suivi un cursus de 1er Cycle en design d’interactivité sont inscrits au Master IVI de l’ENSAM en double-cursus dans le cadre de leur dernière année d’études.

GC : Peux-tu présenter en quelques mots l’équipe Presence & innovation, vos thématiques de recherche et les enjeux de ces recherches ?

SR : L’équipe d’enseignement et de recherche « Presence & innovation » de l’ENSAM compte 25 personnes, dont 7 doctorants, sur 2 sites : Angers et Laval. Elle pilote le Master IVI de Laval (40 étudiants) et la 3ème année de l’ENSAM d’Angers dont le thème est Eco-conception, Mobilité et Innovation (EMI).
Le thème de recherche de l’équipe Presence & innovation est : Co-conception de Nouveaux usages et d’Interactions s’appuyant sur des Technologies émergentes.
Nouveaux usages : les nouvelles activités projetées ou adoptées par les utilisateurs de produits et de services innovants ; La Co-conception implique l’ensemble des parties prenantes du cycle de vie du futur produit ou service, qu’il s’agisse de l’utilisateur final (Living Lab) ou de l’utilisateur intermédiaire (fabricant) ; Interactions : Humaines (méthodes, organisations, outils) + Technologiques (Homme-Machine) ; Technologies émergentes : Réalité Virtuelle, Réalité Augmentée, capture de mouvements, Internet des objets, Web3D, Fabrication Additive…

GC : L’équipe Presence & innovation pilote un Master Recherche et propose aussi des thèses de doctorat. Qu’est-ce qu’un doctorat peut apporter à un étudiant, pourquoi s’engager dans la voie (sinueuse) de la recherche ? Sur le marché du travail, s’agit-il d’un atout ?

SR : Un Master Recherche, comme le Master IVI, comporte un volet « initiation à la recherche ». Cette formation à la recherche donne un réel avantage à l’étudiant car elle lui permet de comprendre le fonctionnement de la recherche et de tirer parti de ces milliers de publications scientifiques disponibles sur Internet. Une publication scientifique peut sembler compliquée mais, quand on sait la parcourir rapidement, on peut y découvrir des informations inédites et une vision de ce qui se prépare pour l’avenir au sein des laboratoires les plus en pointe. Les étudiants apprennent aussi à rédiger une publication, c’est à dire à communiquer à la communauté internationale les résultats de leurs travaux.

Cette découverte de la recherche peut donner envie à certains étudiants de prolonger leur formation par un doctorat en 3 ans, au sein d’un laboratoire et très souvent en lien avec des entreprises. Les sujets de ces thèses sont très variés, cela peut aller de l’étude de nouveaux usages pour l’Internet des Objets à l’étude de la Présence en environnement virtuel en passant par la mise au point d’une nouvelle méthode de design collaboratif de produits sur le web… (Presence & innovation pilote par exemple des thèses pour Alcatel Lucent ou Renault).

Un doctorat est obligatoire pour devenir enseignant-chercheur. C’est aussi un atout pour travailler en R&D dans une entreprise. En effet, les entreprises, pour innover et pour recueillir des financements nationaux ou européens, travaillent de plus en plus avec les laboratoires. Une thèse est, dans ce cadre, très utile pour une collaboration harmonieuse entre l’entreprise et le monde de la recherche. De nombreux pays l’ont compris qui poussent leurs jeunes ingénieurs à faire des thèses pour faire progresser leur industrie (l’Allemagne ou la Suède par exemple).

Jayesh@pi

Jayesh Spillai doctorant au sein du laboratoire Présence & innovation / ENSAM Angers - Laval

GC : Ta perception du design, du métier de designer, a-t-elle évolué depuis le début du partenariat avec L’École de design Nantes Atlantique ?

J’ai réalisé ma thèse dans le domaine de la conception des jouets et je connais bien le monde du design. Encore trop d’ingénieurs voient le designer comme le peintre qui vient donner le coup de pinceau final au superbe produit technique qu’ils ont conçus. Ils ne le voient pas assez comme le collègue indispensable au sein de l’équipe de conception. Ce ne sera pas le cas des élèves-ingénieurs du Master IVI qui auront collaboré, au sein d’équipes projets, avec des élèves-designers.

GC : 17 étudiants ont obtenu le double diplôme Master IVI / L’École de design Nantes Atlantique depuis 2007, quel bilan fais-tu de cette expérience ?

SR : C’est une expérience très positive pour nous comme pour les étudiants. Les plus gros salaires d’embauche ont été décrochés par des doubles diplômés (aux USA…). L’action de communication internationale la plus percutante est le résultat du travail de Frantz Lasorne avec un projet qui a retenu l’attention de Lego au Danemark et Ubisoft et qui a permis à Frantz de créer son entreprise à Hong-Kong à la suite du Master.

GC : Comment vis-tu la « mixité », la différence de « culture » est-elle perceptible, est-elle un moteur ou un frein ?

SR : Le mixage d’ingénieurs, de développeurs 3D et de designers dans le cadre de projets et pendant les enseignements du Master IVI crée une alchimie unique qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est un incroyable « booster » de compétences et un gros atout pour tous les diplômés du Master IVI qui sont directement prêt à gérer la pluridisciplinarité et la multiculturalité (on trouve des étudiants de plusieurs nationalités au sein du Master) dans leur futur job.

GC : Quel est ton point de vue sur la situation de l’innovation en France ?

SR : On passe progressivement d’une innovation institutionnalisée, comme on la trouve encore dans de grands groupes avec des équipes dédiées, à une « open-innovation collaborative » via les réseaux où des groupes d’experts pluridisciplinaires vont se regrouper le temps du projet et créer une communauté de « end users » avec laquelle ils vont co-concevoir de nouveaux produits et services. Le web3D (la « RV 3.0 ») sera l’outil majeur pour cette collaboration. Nos étudiants sont les premiers sur le marché à maîtriser à la fois les aspects techniques et méthodologiques nécessaires.

GC : Penses-tu que favoriser cette « mixité » des compétences dans le cadre d’un cursus pédagogique soit pertinent, bénéfique ?

SR : Plus que ça, c’est indispensable, ça devrait même devenir obligatoire !-) Cela favorise de plus l’entrepreneuriat étudiant, facteur clé du développement de notre continent. Les étudiants découvrent la complémentarité de leur formation et peuvent, selon affinités, décider de monter ensemble une entreprise. Cela est arrivé dans le Master il y a quelques années quand un designer de L’École de design Nantes Atlantique a décidé de créer une entreprise à Laval avec un ingénieur informaticien d’origine belge.

A voir : Cycle Master design & Réalité Virtuelle de l’Ecole de design Nantes Atlantique